EXPLOIT : Jorge Díaz-Rullo libère ce qui pourrait être l’une des voies les plus dures au monde !

© Javi Pec
Après 240 jours de travail au cours des cinq dernières années, Jorge Díaz-Rullo vient de réaliser le rêve de sa vie : clipper le relais de son projet de longue date, “Café Colombia”… et potentiellement d’ouvrir une nouvelle page dans le très haut niveau mondial !
La cotation de la voie n’est pas encore connue, mais elle pourrait facilement atteindre le 9c (ou plus…), ce qui en ferait la voie la plus dure d’Espagne et l’une des plus difficiles au monde.
“Café Colombia” : une ligne monstrueuse !
Située dans le secteur mythique du Racó de la Finestra, “Café Colombia” ne ressemble à rien de facile… ni même de “sensé”.
Une trentaine de mètres dans un dévers d’environ 45°, une quarantaine de mouvements intenses, des prises minuscules typiques de Margalef (trous, bidoigts, réglettes) et surtout… aucun véritable repos.
On parle ici d’une voie résistante à souhait, où la capacité à lutter contre l’acide lactique compte autant que la force. Après avoir survécu à des sections estimées autour de 9b / 9b+, il reste encore un dernier pas de bloc autour du 8B, à réaliser avec les avant-bras saturés !
240 jours de lutte : l’obsession d’une vie
Derrière cette ascension, il y a une histoire. Longue, intense parfois même douloureuse. Jorge découvre le projet à l’automne 2021. Très vite, la ligne devient une idée fixe. Une obsession presque totale. Pendant des années, il revient, encore et encore, accumulant les essais… 240 jours de travail au total !
Plutôt que de s’attaquer directement à l’enchaînement, il commence par découper la voie, travaillant chaque section séparément. De ces explorations naîtront plusieurs variantes majeures comme “Café Solo” 9b ou encore “The Journey in Colombia”, autant d’étapes nécessaires pour apprivoiser ce monstre. Ainsi, petit à petit, Jorge progresse. Il débloque des sections. Il chute… souvent. Très souvent. Notamment dans le haut de la voie, où il enchaîne plus d’une vingtaine de chutes proches du but. Là où tout se joue. Là où tout s’effondre à chaque fois. Et pourtant, il revient, toujours.
C’étaient les quatre plus belles minutes d’escalade de ma vie. Je ne me suis jamais senti aussi fort.
Jorge Díaz-Rullo
Le plus dur, confiera-t-il plus tard, n’était pas tant physique que mental : gérer la frustration, accepter les reculs, continuer à croire malgré les échecs répétés… Parce qu’à ce niveau, il ne s’agit plus seulement de grimper. Il s’agit de croire. Le jour J, rien ne semblait vraiment différent. Pas de sensation particulière. Pas de signe évident… Et pourtant !
Ce vendredi 13 mars, les conditions sont enfin réunies à Margalef. Après plusieurs jours de pluie, la roche commence à sécher, un léger vent traverse la falaise, l’adhérence devient parfaite. Dans la grotte de la Finestra, une poignée de grimpeurs retiennent leur souffle.
Je n’arrive toujours pas à croire que c’est réel. Pendant des années, tout a tourné autour de ce projet. Il y a eu des moments très difficiles, mais je n’ai jamais cessé de croire que c’était possible. J’ai repoussé mes limites dans tous les sens. Je suis devenu obsédé par chaque détail. J’ai travaillé plus dur que jamais pour atteindre un niveau qui me paraissait autrefois impossible.
Après 240 jours, tout s’est aligné et mon rêve est devenu réalité. Un combat dont je me souviendrai toute ma vie. Merci à tous ceux qui ont parcouru ce chemin avec moi !
Jorge Díaz-Rullo
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9c ? 9c+ ? Une question qui va faire trembler le monde de l’escalade
Pour l’instant, Jorge Díaz-Rullo n’a proposé aucune cotation. Mais une chose est sûre : “Café Colombia” est, selon ses propres mots, la voie la plus dure qu’il ait jamais essayée.
Et quand on connaît son niveau (plusieurs 9b et 9b+ à son actif, dont “Bibliographie”, “Change”, “Sleeping Lion”, “Move” ou encore “Mejorando la Samfaina” cela donne une idée du monstre. Très vite, une question s’impose : sommes-nous face à un nouveau 9c ? Si c’est le cas, la voie rejoindrait un cercle extrêmement restreint, aux côtés de lignes comme” Silence”, “DNA”, “B.I.G.” ou encore “Duality of Man”, toutes encore en attente de répétition.
15 voies au-dessus du 9a+
Ils sont encore peu nombreux, dans le monde, à avoir franchi la barrière du 9a+, et plus rares encore sont ceux capables de se maintenir durablement à ce niveau. Le premier 9b de Jorge Díaz-Rullo remonte à mai 2019 avec “La Planta de Shiva”, à Villanueva del Rosario, alors qu’il n’avait que 20 ans. Depuis, le grimpeur madrilène a ajouté 14 autres voies comprises entre le 9a+/b et le 9b+ !
- “La Planta de Shiva” — 9b, Villanueva del Rosario, mai 2019
- “Las Meninas R2” — 9a+/b, Rodellar, juin 2020
- “El Bon Combat” — 9b, Sant Martí de Centelles, septembre 2020
- “First Round First Minute” — 9b, Margalef, mars 2021
- “Mejorando Imagen” — 9a+/b, Margalef, mai 2021
- “Café Solo” — 9b (FA), Margalef, novembre 2021
- “The Journey In Colombia” — 9a+/b, Margalef, novembre 2022
- “Mejorando La Samfaina” — 9b+ (FA), Margalef, février 2023
- “The Full Journey” — 9b, Margalef, mars 2023
- “Bibliographie” — 9b+, Céüse, octobre 2023
- “Sleeping Lion” — 9b, Siurana, février 2024
- “Change” — 9b+, Flatanger, août 2024
- “Move” — 9b/+, Flatanger, septembre 2024
- “Stoking The Fire” — 9b, Santa Linya, décembre 2024
- “Café Colombia” — 9? (première ascension), Margalef, mars 2026
Mais au-delà du chiffre, c’est presque secondaire. Car comme le rappelle Jorge, “Café Colombia” n’est pas seulement une performance. C’est tout un processus, une transformation.
En libérant cette ligne, l’Espagnol ne s’est pas contenté d’ajouter une nouvelle croix à son palmarès ; il nous livre une véritable leçon de persévérance et nous rappelle une chose essentielle : les plus grandes réussites prennent du temps. Beaucoup de temps. Et parfois… 240 jours pour un seul instant parfait !
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