Mobilisation à Climb Up Angers : les salariés dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail

Après une grève qui avait marqué les esprits il y a un an — une première dans une salle d’escalade — à Climb Up Aubervilliers, un nouveau mouvement social émerge dans le réseau Climb Up. Les salariés de Climb Up Angers annoncent à leur tour une mobilisation ce mercredi 11 mars.
Selon leur communiqué, celle-ci intervient dans un contexte de dégradation des conditions de travail ces derniers mois, mais aussi d’une rupture du dialogue avec le siège de l’entreprise.
Des décisions contestées par les équipes
Dans leur communiqué, les salariés dénoncent plusieurs décisions prises récemment par le siège. Parmi les points évoqués figurent notamment l’ouverture de la salle le 1er mai, la mise en place d’objectifs conditionnant certaines primes, ainsi que la remise en cause des jours de fractionnement, un dispositif permettant dans certains cas d’obtenir des jours de congés supplémentaires.
Selon les salariés mobilisés, ces mesures s’inscrivent dans une évolution plus large de la gestion des salles, marquée par une logique de rentabilité accrue et par des décisions prises sans concertation avec les équipes.
Les équipes rappellent également que le fonctionnement d’une salle d’escalade repose largement sur le travail quotidien de nombreux métiers : ouvreurs, encadrants, agents d’accueil.
Que sont les jours de fractionnement ?
En France, les salariés disposent de 5 semaines de congés payés par an. Une partie de ces congés doit normalement être prise entre le 1er mai et le 31 octobre, période dite « principale ».
Lorsque certains jours de congés sont pris en dehors de cette période, le salarié peut bénéficier de jours de congés supplémentaires, appelés jours de fractionnement.
Le principe est simple :
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1 jour supplémentaire si entre 3 et 5 jours sont pris hors période
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2 jours supplémentaires si 6 jours ou plus sont pris hors période
Dans certaines entreprises ou conventions collectives, ces jours peuvent toutefois être neutralisés par accord ou par renonciation des salariés.
Une mobilisation dans un secteur en pleine évolution
La mobilisation annoncée à Climb Up Angers intervient dans un contexte particulier pour les salles d’escalade en France. Après plusieurs années de forte croissance, portées notamment par l’entrée de la discipline aux Jeux olympiques et par l’ouverture de nombreuses salles, le secteur semble aujourd’hui marquer un ralentissement.
Dans plusieurs villes, le grand nombre de salles s’accompagne logiquement d’une forte concurrence dans un marché en tension.
Dans ce contexte, certaines salles privées doivent composer avec un équilibre parfois délicat entre impératifs économiques et attentes de la communauté des grimpeurs.
Un salarié de la salle explique la situation
Pour mieux comprendre les raisons de cette mobilisation, Planetgrimpe a échangé avec l’un des salariés de la salle. Celui-ci a souhaité conserver l’anonymat.
Présent à Climb Up Angers depuis plusieurs années, il décrit une équipe toujours très soudée, mais qui traverse aujourd’hui une période de tension. « Nous sommes une équipe très soudée — tous les salariés ont d’ailleurs répondu présents pour ce mouvement — mais nous subissons aujourd’hui des directives prises par le siège. »
Un malaise qui dépasse la seule question des congés
Si le communiqué mentionne notamment la question des jours de fractionnement, le salarié estime que le malaise est en réalité plus large. « L’élément déclencheur a été le renoncement aux jours de fractionnement, qui étaient un avantage acquis et appliqué depuis toujours. Mais le malaise est sans doute plus profond que ça, ce qui explique les autres revendications. » Il évoque également une évolution récente de la gestion du réseau, qu’il associe à l’arrivée d’une nouvelle direction (ndlr. François Charpy).
Depuis l’arrivée du nouveau directeur général , tout ce qui n’est pas considéré comme rentable a été supprimé. Certains événements qui faisaient vivre la salle ont disparu.
Le salarié cite aussi des changements concernant l’offre de restauration. « L’offre de restauration a été totalement modifiée. Les produits locaux ont laissé place à des marques nationales et internationales. »
Un changement dans la prise de décision
Autre évolution pointée par les salariés : la place des équipes dans les décisions.
« Avant le remaniement au siège, les équipes étaient réellement impliquées dans certaines décisions. Aujourd’hui, nos directeurs de site n’ont plus leur mot à dire et les décisions doivent être appliquées sans discussion. » La question des primes est également mentionnée. « Le nouveau système de primes repose sur des objectifs que nous jugeons inatteignables. Avant, le système était progressif : même si on atteignait 80 %, on avait quelque chose. 30 ou 40 euros, c’est toujours mieux que rien. Aujourd’hui, c’est tout ou rien — et au vu des objectifs fixés, c’est souvent rien. »
Une réflexion plus large sur le modèle des salles
Pour ce salarié, la mobilisation dépasse la seule situation d’Angers. Il distingue notamment ce mouvement de précédentes mobilisations dans le réseau Climb Up. « Les grèves à Aubervilliers ou à Porte d’Italie concernaient plutôt des problèmes propres à ces sites. Cette fois, c’est la stratégie du siège qui est directement visée. »
Plus largement, il estime que la question renvoie au modèle économique du secteur. « Le modèle économique des salles d’escalade est complexe. Les gens ne s’en rendent pas forcément compte, et cette mobilisation est aussi là pour ça. Trouver l’équilibre entre les valeurs de l’escalade et les impératifs de rentabilité n’est pas simple. L’escalade est avant tout une communauté avant d’être un marché. » Malgré les tensions actuelles, les salariés disent rester ouverts à la discussion en espérant que les choses avanceront dans le bon sens.
De notre côté, à la rédaction, nous tenterons d’avoir le retour du siège de Climb Up sur cette situation. On vous tient informé !