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Interview Max Bertone – Champion de France 2026 : “Je n’oublierai pas ce moment”

© Arthur Delicque

Il était venu “en outsider comme d’habitude”. Il repart Champion de France. À l’issue d’une finale dense, électrique, parfois cruelle, Max Bertone a su faire basculer la compétition au moment clé. Un flash décisif dans le bloc 2, “hyper à doigt”, une gestion mentale maîtrisée dans le money time, et cette capacité à s’engager quand tout le monde sait que le top vaut un titre. “Il a fallu que je trouve des ressources mentales pour rester focus et ne pas me mettre à tout vouloir contrôler.” Il l’a fait. Et il l’a fait avec la manière.

Ce sacre 2026 n’est pas un premier, mais il a une saveur particulière. “Le titre national, c’est toujours un peu spécial… et en bloc ça signifie beaucoup pour moi.” Longtemps identifié comme un pur spécialiste de la difficulté, Max Bertone a le sentiment d’avoir “comblé une partie de [son] retard physique et de croissance” et de pouvoir désormais jouer dans toutes les dimensions de cette discipline.

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Et puis il y a l’image. Rare. Presque irréelle. Frère et sœur sur la plus haute marche du podium. “Je n’oublierai pas ce moment”, confie-t-il, le regard teinté d’émotion et de complicité.

Quelques jours après son titre, Max Bertone revient avec nous sur son Championnat de France 2026, la gestion de la pression, ses ambitions internationales… et ce dilemme assumé entre bloc et difficulté en vue de Los Angeles 2028.


Max, tu es Champion de France de bloc 2026 ! Qu’est-ce que ça représente pour toi, ici et maintenant ?

Ce n’est pas mon premier titre en senior, mais à chaque fois c’est une secousse. Le titre national, c’est toujours un peu spécial et je dois reconnaître qu’en bloc ça signifie beaucoup pour moi. Jusqu’à présent j’avais surtout réussi à m’exprimer en diff, même si l’an dernier j’avais déjà réussi un podium aux Championnats de France de bloc à Anse et une belle demi-finale à Prague en bloc. Là, j’ai l’impression qu’enfin j’ai comblé une partie de mon retard physique et de croissance et que je commence à pouvoir jouer dans toutes les dimensions de cette discipline.

Tu disais arriver “en outsider comme d’habitude”. Est-ce que ce statut existe encore vraiment quand on s’appelle Max Bertone ?

Je ne sais pas… Peut-être un peu moins depuis l’an dernier, mais je serai encore outsider en Coupe du Monde de bloc s’y j’y participe cette année. Un peu moins en diff sans doute… En tous cas, il est tout à fait possible que je doive changer d’état d’esprit sur ce point pour la saison qui vient.

À quel moment de la finale as-tu senti que le titre pouvait vraiment basculer en ta faveur ?

J’ai senti que ça pouvait le faire à l’issue du bloc 2, même si pour la dalle, je savais que le passage de la paume sur la macro pouvait être critique pour moi. Mais le fait de flasher le bloc physique m’a bien boosté, c’est sûr !

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Ce titre a-t-il une saveur différente de tes autres médailles ?

Il a la saveur de la victoire. C’est une saveur particulière à chaque fois. C’est pour ça qu’on fait de la compète et du haut niveau. Ce qui a été particulier cette fois-ci, c’est de le partager avec Oriane.

 Reviens un peu sur le deuxième bloc des finales, hyper à doigt, où tu es le seul à topper (et du premier coup !).

Honnêtement je savais que c’était mon style et que je pouvais faire la différence là dessus. Mais me sentir au dessus du plateau qu’il y avait, franchement, ça aurait été prétentieux. C’est le bloc. Parfois, on a un scénario qui nous convient, parfois pas. On sait si on a été au dessus seulement à la fin du tour !

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Lorsque tu retournes en isolement sans le top du bloc 3 (la dalle), qu’est-ce qu’il se passe dans ta tête ?

J’étais déçu de ne pas trouver la solution dans ce bloc, surtout qu’en dalle je m’en sors bien d’habitude. Mais je suis resté positif. Je savais que j’étais bien dans la course et que j’allais devoir confirmer sur le quatrième.

Sur le dernier bloc, tout le monde savait que si tu topais, tu étais champion. Comment on gère ce genre de situation ?

Sur le dernier bloc, il a fallu que je trouve des ressources mentales pour rester focus et ne pas me mettre à tout vouloir contrôler à chaque mouv. J’ai réussi à m’engager, même si j’ai grimpé un peu en assurant à fond les passages. Je pense que j’arrive à gérer ce genre de situations que j’ai quand même vécu assez souvent dans les compètes jeunes, lorsque j’avais un statut de favori.

Est-ce que tu as le sentiment d’avoir franchi un cap cette saison ?

À l’entraînement, je sens que j’ai franchi un cap. On a fait un travail d’intersaison que je trouve efficace, et en diff comme en bloc je ne suis plus le même que l’an dernier. Quant à savoir si ça fait une grosse ou une petite différence, il faudra attendre la suite de la saison.

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Si tu devais choisir le moment clé de ta compétition, ce serait lequel ?

Le bloc 2 de la finale. C’est sans doute le moment clé. Je me suis senti à l’aise dans mes chaussons et le flash a fait du bien au moral.

Tu es monté sur la plus haute marche du podium aux côtés de ta sœur. Est-ce que tu réalises la rareté de ce moment ?

Je suis monté sur d’autres podiums avec ma sœur, mais pas à ce niveau de compétition. Ça fait la différence, c’est sûr. Et sa réaction à elle m’a touché aussi. J’ai senti qu’elle était touchée et que c’était extraordinaire pour nous. Je n’oublierai pas ce moment.

Savais-tu qu’elle avait remporté le titre avant toi ?

Oriane remporte toujours tout (rire). J’en ai l’habitude et je serai surpris et secoué le jour où ça ne se passe pas comme ça. Blagues à part, j’étais dans ma compét et j’ai essayé de rester focus sur mon job avant tout.

© Arthur Delicque

Tu disais vouloir te qualifier sur plusieurs Coupes du Monde de bloc cette année. Ce titre change-t-il quelque chose à ta stratégie pour la saison internationale ?

On avait prévu des plans différents selon l’issue de cette étape. Si je réussissais un Championnat de France équivalent à celui de l’an dernier, je jouais le sélectif en mars à Karma pour tenter de me sélectionner sur quelques Coupes du Monde de bloc. Sinon, le plan B consistait à basculer directement en diff, car je pars à Innsbruck pour préparer ma saison et la première échéance à Wujiang.

Je vais donc devoir faire un aller-retour depuis Innsbruck pour venir tenter ma chance sur le sélectif !

Aujourd’hui, tu prouves que tu es un grimpeur polyvalent, aussi à l’aise en bloc qu’en difficulté. Comptes-tu te spécialiser pour les Jeux de Los Angeles ?

C’est une sacrément bonne question ! J’aime beaucoup le bloc. Je sais où j’en suis en diff. Mais on se demande toujours ce que ça donnerait si on ne faisait que l’une ou l’autre de ces disciplines.

Je me dis que pour l’instant, je garde le dilemme et le suspens… La réponse s’imposera d’elle-même en faisant les choses et en tirant les leçons de chaque expérience. L’idéal pour moi reste la polyvalence, mais pas à tout prix.

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Si on rejoue cette finale 10 fois, combien de fois tu penses que tu la gagnes ?

12 fois sur 10 je la gagne, parce que les prochaines je flashe aussi la dalle 😉

Si tu devais résumer ta finale en une image ou une sensation, ce serait quoi ?

Cette finale était rouge comme les feux arrière de ma Twingo !

Est-ce que tu as appris quelque chose de toi-même ce week-end que tu ne savais pas encore ?

Mmmh pas tant… Je confirme par contre plusieurs choses que je savais déjà : j’aime la complicité et l’énergie du public. C’est mon carburant pour trouver le flow. Et sur le plan technique, je retrouve les forces et les faiblesses de mon escalade dans les circuits que j’ai grimpés.

© Arthur Delicque


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