L’Ukrainienne Jenya Kazbekova renoue avec le 8c+… quatre mois après avoir accouché !

© Coll. Kazbekova
Seulement quatre mois après avoir donné naissance à son premier enfant, Jenya Kazbekova a de nouveau tutoyé son plus haut niveau. Il y a quelques jours, la grimpeuse ukrainienne a enchaîné “Necessary Evil” 8c+, l’une des voies les plus emblématiques de la Virgin River Gorge, en Arizona.
Un retour au sommet aussi rapide que symbolique, au croisement de la maternité et de la performance de haut niveau.
Le déclic s’était produit bien plus tôt… Dix semaines seulement après son accouchement, Kazbekova surprenait déjà en enchaînant à vue “Perfect Child” 7c+ dans l’Utah, une voie libérée par Lynn Hill. Une réussite ponctuée d’un cri de joie… qui réveilla immédiatement sa fille, Taya, blottie dans les bras de son compagnon au pied de la falaise !
Une scène à la fois cocasse et révélatrice : la maternité serait désormais indissociable de son parcours de grimpeuse.

© Coll. Kazbekova
Née à Dnipro, en Ukraine, Jenya Kazbekova est issue d’une véritable lignée de grimpeurs. Sa grand-mère, Valentyna Kurshakova, fut championne d’URSS en grandes voies de vitesse sur le rocher de Crimée. Ses parents, Nataliia Perlova et Serik Kazbekov, ont tous deux brillé sur le circuit international. Sa mère, notamment, a signé certaines de ses meilleures performances après être devenue maman.
Très jeune, Kazbekova se distingue sur le rocher. À seulement 12 ans, elle devient la plus jeune femme à grimper dans le 8a+/8b en Crimée. Plus tard, elle revendique la première ascension féminine de “The Güllich” 8c+, sa première dans ce niveau. Presque dix ans plus tard, “Necessary Evil” deviendra son deuxième 8c+.
“Necessary Evil”, une obsession mise entre parenthèses
L’idée de tenter “Necessary Evil” avait germé avant même sa grossesse. Après les Jeux Olympiques de Paris 2024, Jenya souhaitait se recentrer sur la falaise. Les lignes calcaires du désert de l’Utah lui rappelaient celles de la Crimée, où elle a grandi.

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Ouverte en 1997 par un certain Chris Sharma alors âgé de 15 ans, “Necessary Evil” est devenue une référence absolue d’Arizona. Michaela Kiersch en signe la première ascension féminine en 2018, suivie de Paige Claassen moins de 24 heures plus tard. Une voie exigeante, verticale, aux prises minuscules et aux pieds fuyants, avec deux crux bien marqués, dont un bon pas de bloc au départ qui vaut 7C+.
Mais la grossesse repousse le projet.
Grossesse, entraînement et retour express
Dès son premier trimestre de grossesse, Kazbekova s’entoure de Joy Black, coach spécialisée dans l’entraînement des grimpeuses enceintes et en post-partum. Résultat : elle grimpe jusqu’à plus de 42 semaines de grossesse (littéralement jusqu’au jour de son accouchement) puis reprend l’entraînement trois semaines après la naissance.

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« La grossesse transforme absolument tout dans ton corps », confie-t-elle. Si la récupération est progressive, la force du haut du corps tarde à revenir. Mentalement aussi, tout change. Avec un nourrisson au pied des voies, la concentration prend une autre dimension. “Même entourée, le “mode maman” ne se désactive jamais vraiment”, avoue Jenya.
Quand j’ai dit pour la première fois à Joy Black que je voulais essayer ce 8c+, je m’attendais à entendre : « Tu es folle ou quoi ? ». J’avais accouché en août, donc l’idée ne semblait pas vraiment raisonnable… À la place, elle m’a répondu : « OK, on y va ».
Jenya Kazbekova
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Le combat final
Le mois dernier, Jenya retourne à la Virgin River Gorge. Le froid, le vent, la fatigue et le doute s’installe. Elle enchaîne les chutes sur le premier crux, incapable de tenir les prises tant sa peau lui fait mal. À plusieurs reprises, elle pense renoncer.
Puis vient le déclic mental. « Cette douleur, c’est quelque chose que j’ai choisi », se répète-t-elle. Une manière de reprendre le contrôle. Sa grimpe devient alors plus posée. Et comme souvent, la magie de l’escalade opère : lors de sa dernière journée, à son dernier essai, tout s’aligne. Elle passe le premier pas de bloc, puis sort du second crux, enchaîne les derniers mouvements et clippe le relais, peu avant le coucher du soleil.

© Coll. Kazbekova
Avant de crier, elle jette un coup d’œil en bas. Sa fille n’est pas en train de dormir. Alors seulement, elle se lâche.
« Allez, Mama »
Avec cet enchaînement, Jenya Kazbekova signe l’un des exploits post-partum les plus marquantes de l’Hhistoire de l’escalade. Si aucune statistique officielle ne permet d’affirmer qu’il s’agit du 8c+ le plus rapide après un accouchement, la performance est immense.
Je l’ai fait… 8c+, quatre mois après la naissance de Taya. L’une des voies les plus dures que j’aie jamais grimpées, réalisée en cinq jours. Comme le dit souvent Joy : quelque chose vaut toujours mieux que rien. Tout le travail compte, avant la grossesse, pendant, et après l’accouchement.
Jenya Kazbekova

© Jeremiah Watt
Soutenue par sa famille et son compagnon Jeremy Huckin, Kazbekova incarne une vision moderne de la maternité dans le sport de haut niveau. « Allez, Mama », se répète-t-elle désormais avant chaque combat.
La suite ? De nouveaux projets en falaise, un retour progressif en compétition, et toujours la même détermination à représenter l’Ukraine sur la scène internationale, avec en ligne de mire, peut-être, les Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028.