Le boom des salles d’escalade marque une pause : état des lieux 2025

© Aurèle Bremond
L’escalade n’est plus un sport « émergent ». Elle n’est plus non plus simplement un phénomène de mode porté par les salles urbaines ou la médiatisation des compétitions. Aujourd’hui, c’est une discipline installée, qui touche un public varié, et qui s’ancre durablement dans les habitudes sportives des Français. C’est ce que confirme la nouvelle édition de l’Observatoire de l’Escalade 2025, présentée au Salon de l’Escalade à Paris.
Cette vaste étude, menée conjointement par l’Union Sport & Cycles, l’Union des salles d’escalade et la FFME, s’appuie sur plus de 2 500 réponses de pratiquants et les retours d’une centaine de gérants de salles. De quoi dresser un panorama riche et nuancé de la grimpe en France : stabilisation de la pratique, modèle économique des salles sous tension, féminisation marquée, consommation du matériel en mutation, et une communauté toujours plus numérique.
Voici un état des lieux complet d’une activité arrivée à l’âge adulte.
Une pratique qui se stabilise, mais un modèle économique sous pression
Après plus d’une décennie d’euphorie, les chiffres montrent que la pratique se stabilise. Le taux de pratiquants réguliers atteint environ 4 % de la population adulte, soit près de deux millions de grimpeurs. La progression n’est pas terminée, mais elle ralentit, laissant apparaître une forme de plateau.

© USC / UDSE / FFME
Dans les salles privées, la fréquentation reste globalement stable (+0,2 % sur l’année), mais le chiffre d’affaires connaît un recul notable : -5 % en moyenne. Une contraction qui se retrouve dans toutes les sources de revenus (boutique, restauration, team building) toutes en baisse autour de 11, voire 12 %. Rien d’alarmant, mais un signal : dans un marché devenu très concurrentiel, les marges se resserrent.
Pour autant, le nombre de salles continue de croître. On compte désormais 291 salles privées et plus de 1 070 structures affiliées FFME, soit une augmentation continue, même si certains territoires restent clairement sous-équipés. La densité nationale (une salle pour 26 174 habitants) reste inférieure à celle des pays les plus matures, ce qui montre qu’un potentiel de développement existe encore.

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Les salles d’escalade, nouveaux lieux de vie
L’étude confirme aussi ce que beaucoup de grimpeurs constatent : les salles ne sont plus seulement des espaces de grimpe. Elles deviennent des lieux de vie. Les grimpeurs y viennent pour grimper, mais aussi pour boire un verre (69 % le font au moins occasionnellement), se restaurer, participer à des animations, prendre des cours ou simplement passer un moment entre amis.
Yoga, musculation, espaces détente, coins café : la diversification des services fait désormais partie intégrante du modèle des salles. Elle répond à une demande croissante d’expérience plus large, plus sociale.
Autre tendance lourde : la complémentarité entre indoor et outdoor. 60 % des pratiquants grimpent dans plusieurs lieux différents, et une majorité fréquente aussi bien les salles que les falaises. Le fossé entre les deux univers continue donc de se réduire.
Détail amusant : la vitesse, malgré son statut olympique, ne séduit que 1 % des grimpeurs interrogés. Le bloc et la difficulté restent ultra-dominants, avec une pratique très équilibrée entre les deux (53 % des pratiquants font les deux disciplines).

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Combien les grimpeurs pensent-ils devoir payer ?
On le sait : la question du prix est au cœur des préoccupations, pour les salles comme pour les pratiquants. L’étude montre que le « juste prix » d’une séance se situe autour de 13,40 €. Une donnée à interpréter avec prudence, mais qui donne une indication claire dans un contexte où les coûts d’exploitation (énergie, personnel, maintenance) continuent de grimper.
Licenciés FFME : une croissance modérée malgré les Jeux Olympiques
Du côté de la Fédération, la dynamique reste positive, avec une hausse de 4,2 % du nombre de licenciés en un an. Un effet Jeux Olympiques, donc, mais mesuré : l’escalade attire, mais ne provoque pas (encore) de boom massif dans les clubs. Cette progression lente est également dû au fait que les clubs ne parviennent pas à répondre positivement à toutes les demandes d’inscription, par manque d’encadrant, et parfois de structure assez grande.
Cette progression s’inscrit dans une tendance plus longue : depuis 2019, le nombre de licenciés augmente régulièrement, même en sortie de Covid.

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Une pratique qui se féminise… et qui transforme le paysage !
C’est l’un des enseignements les plus forts de cette étude : la pratique féminine poursuit sa progression. Le taux de grimpeuses atteint 48 %, presque la parité parfaite ! Parmi les nouvelles pratiquantes (moins d’un an de grimpe), elles sont même majoritaires.
Les données montrent cependant des spécificités : les femmes pratiquent souvent moins intensivement, elles achète un peu moins de matériel, mais elles sont beaucoup plus nombreuses à prendre des cours ou à débuter via leur famille. Cette évolution modifie progressivement le profil du grimpeur type… et encourage les salles à proposer des offres plus adaptées, notamment en termes d’accompagnement.

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Le matériel : les chaussons, poids lourd du budget
Sans surprise, les chaussons restent l’investissement principal. 96 % des grimpeurs en possèdent une paire, et 61 % en changent tous les deux ans ou moins. Mieux encore : 59 % déclarent en posséder au moins deux paires.
Le prix moyen continue d’augmenter (105 € en moyenne), et le marché est largement dominé par une poignée de marques spécialisées qui concentrent 75 % des ventes. Le ressemelage, lui, progresse doucement (60 % y ont recours), mais laisse entrevoir un potentiel énorme tant pour l’écologie que pour le budget des grimpeurs.

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Où s’informent les grimpeurs ?
Pas de surprise : la grimpe est un sport très numérique. 87 % des pratiquants consultent du contenu escalade, et les réseaux sociaux jouent un rôle majeur.
Les sources les plus utilisées :
- Instagram (89 %)
- YouTube (62 %)
- Les sites spécialisés (46 %, coucou Planetgrimpe 👋)
- Les topos (44 %)
- Les athlètes en ligne (35 %)
Les rôles modèles sont clairement identifiés : Oriane Bertone, Janja Garnbret, Adam Ondra, ou Mejdi Schalck figurent parmi les personnalités les plus suivies.
La télévision reste loin derrière, confirmant que la grimpe reste un sport très numérique dans sa diffusion.

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Un sport mature… qui doit continuer à s’adapter
Avec près de deux millions de pratiquants, une présence solide partout en France, et une communauté de plus en plus diversifiée, l’escalade s’est installée durablement dans le paysage sportif français.
Mais cette maturité implique aussi de nouveaux défis : comment assurer la rentabilité des salles dans un marché saturé ? comment garantir l’accessibilité des prix ? comment accompagner les nouvelles pratiquantes ? comment encourager le ressemelage et une consommation plus durable ? comment développer la pratique dans les zones encore dépourvues d’installations ?
Autant de questions auxquelles la filière devra répondre, pour rester l’un des sports les plus dynamiques, attractifs… et inspirants du moment.