Les méthodes de “Burden of Dreams” : quand l’un des blocs les plus purs au monde se réinvente

© Diego Borello
On le présente souvent comme un bloc « pur » : cinq mouvements, une ligne directe, pas de triche possible. Mais « Burden of Dreams » n’a rien de simple. Depuis la première ascension historique de Nalle Hukkataival en 2016, chaque répétiteur a apporté sa propre interprétation de la séquence, révélant qu’un bloc peut être à la fois ultra-pur… et infiniment créatif.
Et alors que Noah Wheeler vient de signer la septième ascension de ce monstre finlandais, un regard sur l’évolution des méthodes s’impose !
La méthode originelle : le « 5 mouvements » de Nalle
Lorsqu’il signe la première ascension en 2016, Nalle Hukkataival opte pour une séquence en cinq mouvements d’une intensité extrême.
Le premier mouvement consiste en un jeté main droite vers une réglette horizontale — le mouvement le plus difficile du bloc, estimé 8C à lui-seul. Après avoir réussi ce premier mouvement, Nalle Hukkataival replace ses pieds puis ramène main gauche sur la même réglette. Il relance ensuite sa main droite sur une réglette plus haute, qu’il saisie en pince, avant que sa main gauche n’aille chercher une petite arquée en épaule. Le dernier mouvement est un énorme jeté vers une prise correcte qui s’attrape à trois doigts. En arrivant sur cette prise, Hukkataival perd les pieds, gaine le ballant et se rétablit au sommet.
Will Bosi reprendra cette séquence presque à l’identique lors de sa répétition en 2023, validant la méthode originelle.
Simon Lorenzi et le raccourci à quatre mouvements
Lors de la troisième ascension en décembre 2023, le Belge Simon Lorenzi simplifie l’équation : quatre mouvements suffisent ! Grâce à une lolotte ingénieuse, il saute l’une des prises utilisées par Nalle et rejoint directement l’épaule main gauche après avoir réussi le premier mouvement.
Une manière plus directe, plus économique, qu’adoptera également le Sud-Coréen Lee Sung Su en 2025.
Le pied haut de Stefano Ghisolfi
Si Stefano Ghisolfi n’a pas encore enchaîné “Burden of Dreams”, son passage a marqué les esprits. Après avoir décortiqué le bloc sur la réplique en résine de William Bosi, il a réussi chacun des mouvements individuellement (y compris le fameux premier mouvement) et a réalisé des essais prometteurs.
Il a fini par découvrir une méthode alternative et originale pour le deuxième mouvement du bloc. Après avoir réalisé le premier mouvement, il monte son pied droit très haut, au-dessus du reste de son corps. Il envoie ensuite sa main gauche vers une minuscule arquée sur la gauche. Cette séquence le place dans une position de compression, entre la réglette main droite et la petite arquée main gauche, avant d’envoyer sa main droite jusqu’à la pince. Une méthode atypique, jamais validée sur l’intégralité du bloc, mais qui illustre bien la richesse cachée derrière ces quatre mètres de granite.
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Elias Iagnemma et la version longue
Mars 2024 : Elias Iagnemma change totalement de paradigme. Alors que Lorenzi réduit les mouvements, lui en ajoute !
Sept mouvements au total, intégrant talons, petites prises intermédiaires et un spectaculaire mouvement final… de la main gauche, contrairement aux autres. Plutôt que de tenter de gainer le violent ballant, il utilise l’élan pour saisir rapidement une autre prise, plus loin à droite, avec la main droite, à la manière d’une coordination comme on en retrouve souvent dans les blocs en salle.
Un enchaînement créatif, presque une nouvelle ligne dans la ligne.
Le no-foot de Tomoa Narasaki
Le créatif japonais Tomoa Narasaki a révélé sa propre méthode… sur la réplique 3D. Après un départ proche de Lorenzi, il enchaîne avec un détail qui change tout : une fois qu’il a ramené les deux mains sur la réglette la plus haute, il se pend volontairement en no-foot pour replacer ses pieds, avant de sauter directement à la dernière prise. Une séquence à son image : explosive et novatrice !
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Un bloc vivant
C’est peut-être ça, finalement, le plus fascinant avec “Burden of Dreams”. À première vue, le bloc semble figé : une petite proue de granite, quelques réglettes, quatre mètres à peine. Pourtant, dix ans après la première ascension, il continue d’évoluer. Non pas parce que le rocher évolue, mais parce que les grimpeurs changent leur manière de le lire.
Mais alors, ces nouvelles méthodes peuvent changer la cotation du bloc ? Dans un récente interview, Noah Wheeler confiait que la méthode avec la lolotte qu’il a utilisée pourrait faire baisser la difficulté d’environ « une demi-cotation ». Ce n’est pas forcément chaque mouvement pris individuellement qui devient plus facile. Le premier jeté reste monstrueux, tout comme le dernier et le bloc demeure probablement l’un des plus durs au monde. Mais réduire le nombre total de mouvements change profondément la nature du problème : moins de mouvements, donc moins d’étapes et ainsi moins d’opportunités qu’une micro-erreur viennent ruiner un essai parfait.
Sur un bloc aussi extrême, où tout se joue parfois à quelques millimètres de placement ou à une légère perte de tension, supprimer un mouvement peut avoir un impact énorme sur les probabilités d’enchaînement. Alors, grimpe-t-on aujourd’hui le même bloc que Nalle en 2016 ?
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