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Christophe Bichet revient sur la réalisation d’une trav extrême à Bleau

Il y a quelques semaines, Chritophe Bichet enchaînait une trav très à doigts ouvertes par Jean-Pierre Bouvier: « Amanite Tue-mouche » en 8C/8C+ trav. Une performance hors norme sur laquelle il revient pour nous…


Avant de revenir sur ta dernière perf, peux-tu rappeler à nos lecteurs qui tu es et comment tu en es arrivé à l’escalade ?

Je m’appelle Christophe Bichet. Ma passion et mon art c’est l’escalade, et dans tous les domaines de ma vie je me considère comme un grimpeur : En tant que conférencier, je m’encorde avec mon public pour l’élever et l’emmener plus haut. En tant que coach de vie et préparateur mental, j’accompagne les gens à laisser leurs peurs et leurs angoisses au sol et à escalader vers leurs rêves. Dans mon couple aussi, je fais de mon mieux pour m’élever au-dessus de moi-même, pour devenir un meilleur compagnon de voie pour ma copine, et que nous prenions plaisir ensemble à escalader toutes les parois qui s’imposent à nous .

Je suis arrivé à l’escalade pour des raisons « égoïstes », comme beaucoup de gens. Une enfance privilégiée, mais une estime de moi-même catastrophique. Mes parents aiment la montagne, les voyages, les sports de pleine nature, et je me suis aperçu à l’adolescence que j’aimais grimper, et qu’en plus j’étais moins mauvais que d’autres dans cette activité. C’est donc tout naturellement et pour m’aider à faire remonter ma confiance que je me suis consacré à ce sport intensément dès mes 14–15 ans . L’escalade a été une forme de thérapie pour moi, un outil pour me sentir mieux, pour m’aider à guérir d’un mal-être déclenché par la maladie génétique dont j’étais atteint.

Dernièrement, tu as donc coché « Amanite Tue-mouche » à Bleau, peux-tu nous en dire plus sur cette traversée ?
« Amanite tue-mouche » est une courte traversée à hauteur d’homme, ouverte par le légendaire bleausard Jean-Pierre Bouvier. Si tu prends l’arête juste au-dessus de ta truffe, c’est une traversée de circuit bleu. Elle n’est donc ni impressionnante, n’a pas d’ampleur et tu pourrais passer devant sans voir (ni croire) qu’on peut grimper ce truc-la … Dans le style, ce sont des petites réglettes, beaucoup, rapprochées et « saignantes ».

Pourquoi avoir choisi de poser tes chaussons dans cette trav ?

Je ne choisis pas les rochers que je grimpe. Ce sont eux qui viennent vers moi. Soit par des amis, des rumeurs ou des envies qui s’invitent dans mon esprit. Cette traversée, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis allé la voir. J’en avais envie, c’est tout, depuis longtemps. Après coup, j’apprécie le fait que cette traversée soit aux antipodes de ce qui se fait et se montre en ce moment, cela m’amuse beaucoup. Tout comme la directe du mur des lamentations que j’ai baptisée « L’éternel retour au sol » .

Quel a été le processus jusqu’à l’enchaînement de cette traversée ? Quelles difficultés ou facilités as-tu rencontré ?

Le processus a été extrêmement simple. 3 séances. Une première avant Noël m’a permis de repérer la traversée et de commencer à grimper dedans. Les pieds étaient trempés, mais à ma grande surprise et après m’être dit « c’est infernal, je n’arrive à faire absolument aucun mouvement! », à la fin de la séance, je les faisais tous.

Une seconde séance me permet d’effectuer encore de multiples calages et ajustements, même le brossage d’une nouvelle prise qui a mon avis n’a pas été utilisée par JPB !

Et puis une une troisième séance victorieuse : L’anecdote est qu’au moment où je décide d’abandonner la séance car je n’ai pas assez de force dans les doigts pour tenir les prises du crux, je fais un dernier run « à la cool », et je trouve un dernier ajustement de pied salvateur et miraculeux qui me permet d’enchaîner à l’essai d’après. Je dis à mon ami Ruben « C’est mon dernier essai, après celui-la mon doigt va percer ! »… Le doigt a effectivement percé, mais la trav était enchaînée!

Que penses-tu de la cotation, un avis perso ?

Les cotations sont un voile entre nous et la voie, qui nous aveugle et nous empêche de voir la difficulté réelle. Encore plus lorsque l’on a une taille atypique (très grand ou très petit). Cela fait plusieurs années que je ne m’occupe plus du tout de cotations. D’un point de vue extérieur, j’ai lu que c’était 8c/c+ traversée ou 8b/b+ bloc (car il n’y a pas beaucoup de mouvements, une quinzaine). D’un point de vue intérieur, je me suis régalé dans le processus de déchiffrer une vieille partition, un peu moussue et aux belles notes orangées. Encore plus de partager ça en l’honneur de JPB et de Guy Loppé, avec qui j’ai fait ma seconde séance.

Quels sont tes futurs projets ?

Cette année, m’amuser dans des grandes voies difficiles, en bonne compagnie et en Europe. Il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour trouver l’aventure.

Si tu as quelque chose à ajouter, c’est le moment …

Si j’avais un souhait à formuler, j’aimerais que cette répétition, au-delà de la difficulté, déculpabilise ceux et celles qui souhaitent grimper certains blocs ou certaines voies qui sortent des standards (les fameuses lignes appelées « les bouses » !) . Grimper juste parce que l’on en a envie, sans soucis de notoriété ou de « beauté » suggestive de la ligne .
Escalader est un jeu, parfois un art, et la beauté d’une ligne se dessine dans les yeux de celui qui la regarde .
Grimpez tout ce qui vous fait plaisir et vous enthousiasme .

  • Crédit photo: Guy Loppé & Ruben Perez

Publié le : 26 février 2019 par Charles Loury vues

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