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Interview: Nolwenn Arc, 17 ans seulement, et Championne de France de difficulté !

Nolwenn, tu viens de remporter ton deuxième titre de Championne de France en l’espace d’une semaine. Te rends-tu compte d’un tel exploit ?

Cette année, j’ai pris la décision de participer à toutes les coupes de France en senior, non par prétention mais simplement car je désirais me confronter aux élites françaises, étant donné mes résultats passés. C’est détendu que je suis arrivée à Arnas, la première coupe de France, et gagner a été une surprise et même un choc pour moi.
Mais je n’avais plus le même esprit aux Frances. Après ma victoire à Arnas et à Marseille, je ne me considérais plus comme une outsider. Par rapport à l’an passé, j’ai mûri et grandi. Je me sentais à ma place et prête à assumer ce rang.

Réaliser ? Non pas du tout ! Déjà que mes victoires en coupe de France je ne les réalise pas, comment voulez-vous que je réalise avoir pris le titre cette année ? Un titre en jeune, c’est déjà exceptionnel… Un titre en senior, c’est l’accomplissement d’un parcours. Il va me falloir du temps, je pense, et je crois même que c’est quelque chose que l’on ne réalise jamais vraiment ! Quoi qu’il en soit, chaque victoire me fera pleurer, et encore plus celles qui sont sur moi-même…     

Après ta victoire chez les jeunes à Quimper, t’attendais-tu à rafler la victoire chez les seniors ?

Pour être honnête, j’étais très en forme. Avant les Championnats de France jeunes, je venais de remporter une Coupe d’Europe, à Imst. Quimper, c’était un fardeau pour moi. Quelque part, je me devais d’assumer mon rang, je n’avais pas le choix. Si j’ai honnêtement survolé les voies, gagner au temps était un défi et je suis fière de l’avoir relevé. C’était typiquement une victoire sur moi. Un troisième titre de suite, ça fait peur. Mais un titre en senior, ça fait encore plus peur, mais en même temps ça fait rêver.

Jamais je ne me serai attendue à gagner ! On me le disait mais je ne pouvais pas y croire ! Je ne suis pas quelqu’un qui me projette beaucoup sur le résultat. Pour moi, comme je le dis souvent, un rêve est déjà une limite et je ne veux pas en avoir. Je me laisse grimper et je vois ce qui me tombe dessus. Des fois ça marche et des fois non. L’ennemi est toujours la voie et le but est toujours d’atteindre le haut. On peut dire que ce week-end, j’ai gagné sur les autres mais je n’ai pas gagné contre la voie, et c’est ça le plus important… Le chemin est encore long et rempli de défis ! Mais c’est ça qui me fait rêver aussi !

Dans quel état d’esprit as-tu abordé cette compétition ?

Je vais vous avouer que je cherchais tout de même la qualification pour les championnats d’Europe, on ne va pas se mentir ! J’étais tendue aux qualifs et aux demis ! Je le sentais dans ma grimpe, assez crispée…
Mais la finale c’était différent. Si le stress était bien là, ce n’était pas un handicap. J’étais juste heureuse d’être là. Tout ce que je désirais, c’était de me battre jusqu’au bout ! Si je suis partie avec le couteau entre les dents, en étant détendue et relâchée, j’ai bien plus eu l’impression de jouer avec la voie, jouer avec les mouvements. En réalité, j’étais juste joueuse. On m’avait donné un défi, c’était à moi de le relever. Jouer le titre, c’était se jeter à l’eau. Et je l’ai fait.

Lors du temps d’observation, qu’as-tu pensé de la voie de finale ?

Waouh ! Vraiment waouh ! Une voie magnifique et super bien ouverte, des prises neuves et qui flashent ! J’étais pressée de grimper dedans. Et pourtant… Ce n’était pas du tout une voie pour moi ! Il y a quelque temps de ça, je ne savais pas jeter, mais aujourd’hui, c’est grâce à mon frère Kevin Arc, qui m’a poussée, que je l’ai fait. L’an passé, j’aurais eu peur, mais là, je l’ai vu différemment. Je savais la réputation que je possédais concernant les mouvements dynamiques et ce défi supplémentaire m’a poussé à être d’autant plus motivée ! Il était temps de prouver que j’en étais capable. En vrai, c’était important pour moi ! Vraiment.

Bon pour la petite anecdote, je suis quand même revenue en courant après la lecture pour supplier Ludo Lefèvre, qui me suit également à Nantes, de me faire des jetés…

Tu semblais parfaitement calme et à l’aise lors de ta grimpe en finale. Entendais-tu le public en bas, qui te poussaient, ou bien étais-tu parfaitement concentrée, dans ta bulle ?

Quand je commence une voie, plus rien n’existe autour. C’est une danse sur le mur. Je serai incapable de citer sur quelle musique je suis passée ou le moindre commentaire ! Quand je grimpe, il n’y a qu’une seule personne que j’entends, c’est moi. J’ai d’ailleurs souvent un petit temps de battement avant de me reconnecter avec le monde. La grimpe est une échappatoire pour moi, c’est le seul moment où je m’éloigne du monde pour me libérer. Là, c’est mon terrain de jeu. Je suis libre de faire ce que je veux et de jouer avec la voie. 

Tu fais partie des rares grimpeuses à remporter un Championnat de France seniors à seulement 17 ans. Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Charlotte Durif a toujours été mon modèle, comme Hélène d’ailleurs, que j’admire. Elles m’ont mis des étoiles dans les yeux, elles m’ont toujours fait rêver ! Gagner à 17 ans, c’est les rejoindre et ça me touche d’autant plus… Mais je pense que l’âge ne change rien. Le tout est d’être prêt dans sa tête. Chez les filles, ce n’est pas comme chez les gars… C’est maintenant, à mon âge, que la saison commence. Elles l’ont toutes fait d’intégrer l’équipe seniors à mon âge. Mais être championne de France… Oui c’est ouf et oui je ne peux totalement le réaliser. C’est hallucinant !!! Mais il va falloir vite redescendre sur terre… Les prochaines compétitions arrivent vite !!!

Quel meilleur souvenir gardes-tu de ce week-end ?

Isée ! Isée me sautant dans les bras quand j’ai gagné. Simon et Léo, les deux premiers à m’envoyer un message. Et ce moment… Le moment où on m’a appelé sur le podium. Les larmes aux yeux, trop d’émotions en même temps.

Cela peut être stupide mais je crois que mon meilleur moment est celui au final où j’ai réussi le jeté. Là, j’ai compris que j’avais changé…

As-tu changé des choses cette année dans ta manière de t’entraîner, qui t’ont permis de devenir encore meilleure que la saison dernière ?

Cette année, beaucoup de choses ont bougé pour moi ! Kevin me suivait, bien-sûr déjà depuis un an. La chose qui a changé, ce fut le fait d’avoir enfin une équipe. En rejoignant Vertical Art Nantes sur un coup de tête en janvier, j’ai réussi à découvrir l’esprit de groupe, l’émulation mais aussi une famille pour me soutenir. On m’a poussée dans les jetés, on m’a fait râler, on m’a fait pleurer mais on m’a aussi fait rire. J’ai appris à aimer m’entraîner dans mes points faibles. C’est devenu un jeu, un défi que j’ai pris tant plaisir à relever… Et c’est loin d’être fini ! Kévin, Vertical… Je vous aime !

Place à l’international maintenant. As-tu hâte d’aller jouer avec Janja Garnbret, Jaïn Kim ou encore Anak Verhoeven sur les Coupes du Monde ?

Ce dont j’ai hâte, c’est de revoir tous mes amis de l’an passé, et de continuer à faire des rencontres !!! Voyager aussi bien sûr ! Mais surtout, j’ai envie d’aller jouer. C’est un nouveau défi, de nouveaux murs, de nouvelles voies ! Grimper à leurs côtés, ça me fait rêver ! On verra bien où le chemin me mènera, mais en tout cas c’est vers le haut que je continuerai de regarder.

Un mot à dire sur la victoire de Manu Romain chez les hommes ?

Qu’il a toujours sa place sur mon poster de la Coupe du Monde en 2005 au-dessus de mon lit ! Non, en réalité, un grand grand bravo ! C’était osé, c’était de la pression et il nous a offert un spectacle grandiose. Il fallait beaucoup de courage quelque part et moi, ça m’impressionne. On a encore beaucoup à apprendre des ‘anciens’ ! Ils ont une belle mentalité ! Et j’ai envie de lui dire merci. Merci pour toutes les belles fois où j’ai pu le voir grimper, merci pour cet état d’esprit, merci de continuer à nous faire rêver et aussi merci pour l’interview ! Et oui … On attend toujours les jeunes au final !

Si tu as des remerciements à passer, c’est le moment !

Je ne peux pas commencer sans remercier mes parents. Ils me suivent partout, ils me soutiennent et ils ont même fait un mur dans notre garage ! C’est grâce à eux que je suis là. Mais je pense aussi à mes trois frangins, Kiki qui est toujours là pour moi, Erwann qui m’entraine en Autriche et Kévin… Depuis que je m’entraîne avec lui, j’ai explosé littéralement ! Il est ouf…

Je voulais également dire merci à Ludo et à toute la team Vertical Art de Nantes, Simon, Marie, Maéva, Coraline, Blaise, Ludo G. Waouh quel plaisir de grimper avec vous ! Merci aussi à Cholet et à Clément bien-sûr. Sans oublier Mike et Cécile !

Et enfin, tous ceux qui me soutiennent, les vrais potes. Juliette, mon amie depuis toujours, chez toi c’est comme ma deuxième maison, je t’aime ! Mais aussi Elie, Léo qui m’a fait comprendre bien des choses, Luce ma ptite sœur, Victor qui me maltraite, Nolwenn Berthelot qui est toujours là, et Camille avec qui j’ai eu le plaisir d’aller en Chine ! Vous savez ce que je pense de vous…

Un ptit clin d’œil à tous les autres et à mes amis de l’international !

Et enfin, mon réveil qui me rappelle chaque matin qu’il est l’heure d’aller courir… hein mon chien !

Photos: Vincent Favre