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Inouï ! Alex Honnold signe l’ascension la plus dangereuse en solo intégral de tous les temps !

À quelques dizaines de mètres du sommet, Alex prend le temps de contrôler sa respiration. Sa concentration est au maximum. Il ferme les yeux, l’espace d’un instant. Il est à plus de 900 mètres de haut, sur l’imposante face d’El Capitan, dans le dernier crux de « Freerider ». Sans baudrier. Ni corde. Ni aucun autre système de protection. Le voilà confronté à une dalle, lisse, polie comme du verre. Les prises de mains frôlent l’inexistant. L’américain doit alors se lancer dans une série de mouvements où seuls ses pieds, en adhérences totales, lui permettront de progresser.

Alex Honnold était en train de réaliser l’un de ses rêves de gosse. Escalader en solo intégral, El Capitan, au Yosemite, l’un de ses monstres de roche les plus mythiques du Monde.

Une prouesse encore jamais réalisée, et longtemps pensée… impossible.

Quelques heures plus tôt, Alex se levait, pour ce qui semblait être une journée « banale ». Il se réveille à l’intérieur de son fourgon aménagé, enfile son tee-shirt fétiche, rouge, et son pantalon noir en coton. Calme, il profite de son petit-déjeuner dehors, mangeant ses traditionnelles céréales sous un soleil radieux.

Il est temps pour lui de partir. Nous sommes le Samedi 03 Juin 2017, il est 05h32. Et cette journée sera loin d’être banale. Alex enfile ses chaussons, puis noue son sac à magnésie autour de sa taille. Il pose son pied sur la première prise, enclenche le mouvement et s’élance alors pour une ascension historique.

Au-dessus de sa tête, près de 1000 mètres de granite. « Freerider », 7c+ et 30 longueurs d’escalade qu’Alex s’apprête à enchaîner en solo intégral.

Il est difficile de s’imaginer l’engagement mental et physique que demande un tel exploit. Un big wall plus haut que la plus grande tour du Monde, qui a longtemps fait rêver les grimpeurs de la planète entière.

Grimper El Capitan en solo ? Seules deux personnes ont clairement considéré l’idée. D’abord Michael Reardon, un grimpeur habitué aux solos, retrouvé noyé il y a 10 ans, après une chute d’une falaise surplombante l’eau en Irlande. L’autre grimpeur est Dean Potter, décédé il y a deux ans dans un accident de base jump au Yosemite.

Bien qu’ayant réalisé bon nombre d’exploits tous plus vertigineux les uns que les autres, Alex n’avait encore pas « marqué l’Histoire de l’escalade comme il l’espérait ».

Il réfléchissait à cette ascension depuis des années, et bien qu’ayant tenté l’aventure en Novembre dernier, l’américain avait dû rebrousser chemin rapidement, suite aux mauvaises conditions météorologiques.

Hier, le soleil brillait. Pendant 3 heures et 56 minutes, Alex tentait l’ascension de sa vie. Le plus grand défi pour lui était de rester calme et concentré, sur une falaise de plusieurs centaines de mètres, sans aucun moyen de protection en cas de problème.
Ses mouvements se devaient d’être calés au millimètre, la moindre zipette du pied étant fatale.

Le véritable crux de ce big wall se trouve aux deux tiers de la voie, à 600 mètres de haut. Un pas de bloc extrêmement délicat, où il faut tenir une unique prise de main de seulement 3 mm d’épaisseur. Le passage est très technique, mais Alex le passe sans encombre… bien heureusement.

« Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à me mettre en tête cette ascension en solo de « Freerider », il y avait une demi-douzaine de longueurs où je me disais « Ooh c’est un mouvement effrayant ça, et là, c’est une séquence qui fait peur, et cette dalle-là, et cette traversée aussi et… » Il y avait tant de passages où je me disais « Ouuuuh ». Mais depuis quelques années, j’ai poussé ma zone de confort, de plus en plus, jusqu’à ce que des objectifs qui me semblaient complètement fous, rentrent finalement dans le domaine du possible. »

Passer ce premier crux, Alex continuera encore quelques heures, pour finalement rendre possible l’impossible. Après des centaines de mouvements de pieds et de main, et près de quatre heures de concentration extrême, Alex se hisse au sommet d’El Capitan.

Il ôte son tee-shirt, dénoue ses chaussons et décroche son sac à magnésie. Il laisse alors s’afficher un large sourire sur son visage. Il vient d’accomplir l’ascension la plus marquante de sa carrière, et vient de marquer un nouveau tournant historique dans le monde de l’escalade.

Alex a finalement marqué l’Histoire comme il l’espérait.

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Tommy Caldwell, l’un des pionniers du Yosemite commente:

« J’ai essayé plusieurs fois de me transporter mentalement dans la tête d’Alex Honnold… La semaine dernière, alors que j’étais au sommet de « Freerider », je ne pouvais pas m’imaginer être là sans l’aide d’une corde. Beau travail, mec !

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Photos: Jimmy Chin, National Geographic

Publié le : 04 juin 2017 par Nicolas Mattuzzi vues

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