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La dalle de la polémique à Quimper: explications et analyses

Si l’organisation et le spectacle étaient au rendez-vous ce week-end à Quimper pour les championnats de France de difficulté espoirs, la polémique est plutôt venue du choix de ce mur de Quimper pour organiser cette épreuve… Trop petit selon certains!

En effet, durant les qualifications et les demi-finales, les ouvreurs avaient beaucoup de contraintes (un manque d’espace doublé d’un mur avec beaucoup de dièdres qui pouvaient rapidement rendre les voies trop faciles) et n’ont pas pu faire autrement que de poser un certain nombre de scotchs noirs, ces fameux scotchs qu’il ne faut surtout pas dépasser sous peine d’être arrêté illico presto par le juge de voie. Et c’est vrai que autant de scotchs noirs rend la grimpe beaucoup moins naturelle et beaucoup moins libre, et pas mal de grimpeurs se sont fait piéger. Alors oui, tous les grimpeurs connaissent le règlement, certes, mais cette règle, ou plutôt ces scotchs sont à utiliser avec parcimonie selon nous, surtout pour un championnat de France. Effectivement un mur plus large aurait été le bienvenu afin de permettre aux ouvreurs d’exprimer leur talent sans avoir à coller des scotchs noirs un peu partout…

L’autre point qui a semble-t-il agacé ce week-end, c’est cette fameuse demi-finale des juniors garçons. Une dalle, une vraie, dans le positif, avec des mouvements retords que les compétiteurs n’ont pas l’habitude de rencontrer visiblement. Pour certains, une voie comme ça c’était plutôt osé, pour d’autres, c’était du grand n’importe quoi…

La colère de certains athlètes peut se comprendre lorsque toute l’année, pour être performant à un moment T, ils s’entrainent essentiellement dans le style et le type d’effort qu’on retrouve en compétition classique à l’internationale et que, sur un championnat de France, ils peuvent se voir priver de compétitions internationales en se faisant éliminer dans une dalle… Mais l’analyse n’est pas si simple.

Nao Monchois sera le seul à venir à bout de cette dalle de l’angoisse.

Explications:

Rappelons tout d’abord que cette compétition est une porte d’entrée dans l’équipe de France puisque les grimpeurs réalisant un podium étaient ensuite conviés à représenter la France sur les prochaines échéances internationales (Coupes d’Europe jeunes). L’objectif était donc de sélectionner, via cette compétition, les meilleurs jeunes espoirs français. Toute la question est donc de savoir si une voie en dalle de la sorte permet réellement de sélectionner les meilleurs français… Tout dépend en fait ce que nous entendons par « meilleurs ».

Le meilleur est-il celui qui a une rési de dingue dans du gros dévers? Celui qui sait grimper en fissure ? Celui qui place ses pieds au millimètre dans une dalle ? Ou celui qui sait s’adapter à toutes sortes de voies? Chacun se fera sa propre opinion.

Pour notre part, nous pensons qu’un jeune grimpeur qui prétend être en équipe nationale à court terme, et à moyen et long terme jouer chez les seniors, doit s’adapter à tout types de voies et styles: dévers, dalle, réglette, plats, colos, etc… Être bon dans un style, ce n’est pas être le meilleur grimpeur, car, rappelons le, l’escalade fait parti de ces sports où le milieu n’est pas codifié (contrairement à l’athlétisme, la natation, …), et où les styles sont donc infinis.

Ce discours est vrai pour l’escalade en falaise, mais, on vous l’accorde, un peu moins pour l’escalade de compétition qui s’enferme parfois dans un format codifié justement, à savoir des voies rési, sans repos, dans du dévers, où il faut grimper vite et propre.

Et c’est là que le débat est un peu plus compliqué… Car sur un championnat de France, l’objectif est-il de sélectionner le meilleur grimpeur qui sait grimper dans tous les styles, ou le meilleur compétiteur plutôt typé dans un style rési et dévers en espérant que ce soit ce même style sur toutes les futures compétitions internationales ?

Pour nous la réponse est simple : le but ultime de l’escalade est de sortir la voie, en falaise ou en compétition, peu importe les conditions, les styles, ou les prises. Et comme diraient certains, « soit ça passe, soit ça ne passe pas et tu retournes t’entraîner ». N’oubliez pas que l’escalade est un subtil mélange de résistance, force, continuité, technique, tactique et autres déterminants mentaux…

Et on espère simplement que le monde des compétitions ne se codifiera pas trop à l’avenir en oubliant l’essence même de notre activité, et que nous n’aurons jamais droit à des compétitions de Pan Gullich et autre démonstration de force ailleurs que sur les contests amicaux et festifs ! Mais nous ne sommes pas trop inquiets, nos ouvreurs veillent, la preuve ce week-end avec cette dalle infâme en juniors ou ce double jeté en minimes garçons !

On attend vos avis !

Publié le : 05 juin 2017 par Charles Loury 5358 vues

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Quimper 2017