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Portrait de grimpeur: Manu Romain

Salut Manu, peux-tu te présenter rapidement?

 Je suis Manu Romain, un vieux grimpeur de Briançon, haut lieu de la varappe française où le pouce est préconisé sur l’index. Je suis membre de l’équipe de France depuis maintes années, sur le circuit de coupe du monde depuis un bout de temps, et toujours pas victorieux d’étape… À côté j’aime le parapente, mais pas celui contemplatif, plutôt celui où la voile se retrouve sous les pieds.

 Raconte-nous un peu quand et comment tu as été touché par le virus de la grimpe?

 Malheureusement mon grand âge m’empêche de me rappeler mes débuts, mais je sais tout de même une chose. Mes parents, traumatisés par un enfant hyperactif et constamment fourré entre branches d’arbres et hôpital, ont décidé que m’inscrire dans un club d’escalade serait peut-être la solution à leur stress parental. Depuis je n’ai jamais quitté mon club de Briançon.

 Tu es l’un des meilleurs grimpeurs français, parle-nous de ton entrainement.

 Disons que mon binôme, acolyte et camarade de chambre Romain Desgranges et moi-même n’avons pas tout à fait la même fréquence d’entrainement. Quand lui est plutôt très professionnel et rigoureux, moi je suis plutôt fainéant et bordélique. À côté de cela je suis aussi capable de me mettre les charges adéquates pour progresser mais j’ai besoin que l’on me stimule. Et pour cela, rien de mieux qu’une bonne raclée! 

Quelles sont tes meilleures perf en falaise?

 J’ai fait quelques 9a et 8c+ mais je dois avouer que ces deux dernières années j’ai légèrement mis de côté l’aspect caillou de notre sport pour me consacrer à la rénovation de mon appartement. Dès que c’est fini, et ça ne saurait tarder, je me remets quelques projets en chantier, c’est promis!

Comment se déroule une semaine type de Manu Romain?

Oulala!! Tout d’abord, la météo va beaucoup déterminer le déroulement de ma semaine. Première question :  ça vole ou pas? Ensuite je passe pas mal de temps sur mon chantier donc là, rien de bien folichon! Enfin le soir je prends mes pantoufles Lasportiva, mon chrono et en avant pour une bonne dose de rési! Enfin, et là encore selon la météo, un petit barbecue entre copains ne se refuse jamais…

On a entendu dire que tu comptais arrêter les compétitions? Explique-nous un peu.

 On arrête tous un jour… Le mien viendra quand il sera temps, mais je promets de le faire en beauté! Disons seulement que mes jours sont comptés…

 Ça n’a pas été trop dur comme choix pour un grimpeur de ton niveau?

 Arrêter la compétition ne veut pas dire arrêter l’escalade. Je pense que quand j’arrêterai, ce sera simplement une page qui se tourne pour laisser place à de nouvelles aventures. J’avoue ne pas m’inquiéter quant à ma vie de retraité! Il y a encore tellement de choses à voir dans  notre sport que je ne pense pas m’ennuyer.

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Comme tu l’as dit, tu fais aussi beaucoup de parapente. C’est une passion complémentaire à l’escalade?

 Complémentaire et nécessaire! Quand je passe une bonne journée en l’air j’arrive super motivé aux séances ce qui me permet de faire de gros entraînements. Il y a aussi le fait que je déteste être monomaniaque d’une activité, ce n’est pas fait pour moi. J’ai toujours besoin de faire plein de choses et l’addiction que j’ai pour le parapente me permets de combler ce manque.

Ta petite sœur semble prendre la relève. J’imagine que tu dois être très fier?

 Oui évidemment. Je suis d’autant plus heureux car maintenant qu’elle peut se surclasser on arrive à faire quelques compètes ensemble et ça, c’est vraiment un grand plaisir. J’espère surtout qu’elle s’éclate autant que je m’éclate. Il y a une autre chose intéressante dans sa progression, c’est qu’elle a plus de rési que moi! Alors, quand on s’entraîne dans des circuits « pieds libres », c’est souvent qu’elle va plus loin que moi. Et ça c’est énervant! Du coup, ça me motive aux entraînements… 

Comment te vois-tu dans 10 ans?

 Encore plus vieux, déprimé de se faire botter les fesses par des minots pré-pubères, heureux de faire encore pleins de belles croix, et peut-être président de la République ou agent secret, je n’ai pas encore décidé. Certainement papa aussi, parce que j’adore les enfants.

Si tu devais donner un conseil aux jeunes (et moins jeunes) souhaitant progresser dans notre sport?

 Le plus important pour moi c’est de se faire plaisir, de s’amuser et de s’accrocher. On prend tous des raclées! L’escalade est un sport de maturité qui nécessite un long apprentissage. Encore aujourd’hui je découvre plein de nouvelles sensations, de nouveaux placements et de nouveaux types de préhensions… Alors surtout continuer à s’entraîner, tout en variant les plaisirs. Y’a pas que la grimpe!

Un dernier mot à passer?

 Un grand merci à tous ceux qui s’impliquent, me suivent et me soutiennent dans mon combat perpétuel contre la gravité. C’est grâce à mes sponsors (Béal, Lasportiva, Artline, Gloryfy et Briançon) à ma famille et mes amis, à mon boulot et à tous ceux que j’oublie que mon mode de vie est possible. Alors encore merci et POM!

 

Publié le : 15 août 2013 par Nicolas Mattuzzi

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