Le contenu

Interview croisée de Nicolas Moineau, champion d’Europe handi-escalade, et son entraîneur Sebastien Gnecchi

–  Quelles sont vos premières impressions suite à ce nouveau titre de champion d’Europe?

SG : De la satisfaction… On a essayé de mettre en place des stages spécifiques pour les déficients visuels, afin de peaufiner notamment le guidage… Tout n’est pas encore parfait, comme on a pu le voir au début de la voie de finale de Nico, mais on est sur le bon chemin. Du bonheur aussi, comme à Bercy… Ce mélange de calme durant sa progression et derrière le public qui exulte, c’est vraiment fort en émotions… Cela donne la chair de poule… De l’envie de continuer à gagner… Avec Nico et avec les autres…

NM : Un grand soulagement, la confirmation que la performance de Bercy n’était pas un coup de chance.Après, le stress était là, mais l’émotion était moins grande. L’habitude qui commence à s’installer peut-être.

–  Vous y pensiez avant d’arriver à Chamonix?

SG : Oui depuis Bercy on se prépare pour… Avec Nico, c’est pas compliqué. Il veut tout gagner. Cela tombe bien, moi aussi. On fonctionne de la même manière. De la rigolade et du sérieux. Quand on se lance dans un projet, c’est pour se donner à fond. Alors oui, on y a pensé, mais le plus compliqué c’est de ne pas vivre la compétition avant l’heure… Et passer les étapes les une derrière les autres… On n’est jamais sur de rien… Mais je sais que Nico est déterminé. Il s’entraine dur et ne laisse rien au hasard.

NM : Je ne pensais qu’à ça. Je ne fais pas les choses à moitié en terme d’entraînement. Clairement, je n’aime pas le stress imposé par la compétition, la foule, les contraintes… Donc, logiquement, je n’y vais pas pour faire du tourisme et passer un bon moment mais pour faire au mieux. Donc je mets toutes les chances de mon côté et je suis assez exigeant avec moi-même. Je sais ce que je viens chercher comme dirait Seb.

–   Comment avez-vous vécu la compétition?

SG : La visite médicale est un moment long à passer… Pas mal d’attente… Alors c’est vrai que quand on est arrivé à Chamonix, on avait qu’une hâte, c’était de se retrouver en face des voies de qualification. Le groupe vit bien, avec une bonne cohésion. Tout le monde est très motivé… Les qualifications se sont en grande partie bien déroulées. Avec Nico, c’est l’occasion de se régler une dernière fois avant la finale… Dès la première voie de qualification, il a montré qu’il était là et qu’il fallait compter sur lui… Lea journée de la finale a elle aussi été longue… Mais avec Bercy, on a appris à gérer lui et moi cette journée… Petite balade, sieste… Puis après la finale, la première question de Nico est de savoir de combien de mouvements il a été champion… Ca montre bien son état d’esprit… Un winner… et dire qu’il me dit qu’il n’aime pas la compétition !!!!!

NM : Pas mal de stress, beaucoup de petits détails matériels à régler. En même temp, ça occupe et ça évite de trop stresser. Et comme dit précedemment, la foule, les déplacements dans un endroit inconnu quand on ne voit pas, on ne peut pas dire que ce soit des moments agréables. Ce sont des moments intenses de réussite pour certains et de déception pour d’autres membres de l’équipe.

–  Selon toi Nicolas, quelles sont les qualités d’un bon entraîneur?

D’abord, Sebastien est pour moi entraîneur, mais avant tout guide. Notre performance est étroitement liée.. Je pense qu’un entraîneur doit savoir s’adapter à chaque membre de son équipe. Et à plus forte raison dans une équipe handi qui est constituée de personnes qui ont toutes un passé, une vie et un état d’esprit très différent. Il faut savoir s’adapter à cette divezrsité, faire confiance laisser libre court aux initiatives perrsonnelles, laisser s’exprimer les individus sans que ce soit trop la foire non plus.

–  Et pour toi Sebastien, les qualités d’un bon athlète?

Sans entrer dans une démarche d’entrainement et en restant très général, un bon sportif doit posséder beaucoup de qualité pour être au top… Tout d’abord, le sérieux est essentiel… Sérieux dans son entrainement, sérieux dans sa vie de tous les jours, son hygiène de vie…

Ensuite, le respect et l’écoute de son corps sont incontournables. Etre capable de reconnaître les bonnes douleurs, c’est à dire celles qui signifient que le travail effectué a été bon et celles qui alertent d’un traumatisme plus ou moins important…

Puis, le travail, l’écoute des conseils donnés, l’humilité, le respect des phases de repos, bien savoir gérer son stress, être surmotivé, faire le run idéal en final etc etc…

Etre un bon athlète, c’est l’alchimie entre un grand nombre de facteurs… Plus l’alchimie sera importante, plus le grimpeur sera fort…

–  Depuis combien de temps vous connaissez vous?

SG et NM : On se connaît depuis peu de temps !! Juin 2012 lors du premier stage d’entrainement… A peine plus d’un an… et maintenant, on est presque un petit couple !!

–  Racontez nous vos débuts?

SG : Je ne connaissais pas Nico comme aucun des autres grimpeurs hormis Philippe évidemment… Je devais monter une Equipe de France en peu de temps… J’ai donc décidé de réaliser un stage sélectif au Mur de Lyon…

Laurent Lagarrigue m’avait appelé pour me parler de Nico et m’avait dit qu’il était pas très motivé par la compétition… Nico me dit par mail qu’il peut pas monter le samedi mais que le dimanche, il peut etre la… Arrivé à 13h pour une fin de stage prévu à 16h… Quand le gaillard arrive, on remarque son gabari… Et de suite, il veut me montrer ses capacités… Il part dans la voie pendant que je le guide alors que l’on n’a convenu d’aucune méthode de guidage… Les bras en blocage permanent, dans du 6c et tombe à quelques mouvs de la fin… J’ai de suite compris que « c’était une force de la nature » !!!

Puis Bercy est arrivé avec la suite que l’on connaît… Les réglages de guidage effectués la veille dans la chambre d’hotêl…

–   Qu’y a-t-il de plus dur dans votre relation coach-athlète?

SG : Le plus dur est d’établir une confiance mutuelle… A partir du moment où elle est instaurée, où il écoute les consignes que je lui donne et qu’il a confiance en celles-ci, tout est plus facile… Pour le reste, il s’agit de vie de tous les jours… C’est pour ces raisons que je parle de vrai petit couple…

NM : Dans notre cas, c’est particulier. Lors des compet, je suis quasi téléguidé par Seb. Sur notre relation durant les stages et les compet, je n’ai pas grand-chose à dire sauf que tout ce passe au mieux. Concernant le guidage dans les voies, je suis toujours plus ou moins en train de choisir entre deux options. Prendre des initiatives perso ou appliquer à la lettre les consignes de guidage de Seb. Je grimpe depuis longtemps, et souvent sans être vraiment guidé. Le résultat, c’est que j’ai un style bien à moi. Je monte haut les pieds et je fais des pied-mains pour ne pas chercher mes prises de pieds. Quand je grimpe en compet, j’ai le choix entre passer du temps à chercher la prise indiquée par Seb ou monter vite fait mon pied sur une prise  peut-être moins bien placée mais que j’aurais repéré moi-même et gagner du temps. Le risque étant de me retrouver mal placé pour la suite. Et tout ça doit se faire dans l’urgence…

– A quoi ressemble un entraînement type?

SG : Les stages d’entrainement ont des objectifs différents en fonction de la période… Ce printemps, on a beaucoup travaillé la mémorisation de voies, la description qu’eux pouvaient faire sur des passages qu’ils avaient inventés… Avec des exercices de pompes, abdos en cas d’erreurs… D’ailleurs, Nico a du en faire un paquet !!!!

–   Quelles sont tes forces et faiblesses Nicolas?

NM : Ma force, c’est la passion, l’obstination et l’assiduité à l’entraînement. Et du coup cela peut devenir une faiblesse à cause du risque de blessure.

Publié le : 26 juillet 2013 par Charles Loury vues

# Actualités PGInterviewsinterviews et portraits

nicolas moineauSebastien Gnecchi